Les Deux Filles

Les récits de guérison me semblaient souvent lointains. De vieilles légendes, où un personnage rencontre physiquement Jésus et obtient, presque instantanément, une guérison physique.
Puis j’ai compris qu’il fallait en avoir une lecture spirituelle.

La cécité de celui ou celle qui ne voit plus le chemin ; la surdité de celui ou celle qui n’entend plus la voix de Dieu ; l’immobilité qu’impose l’infirmité de celui ou celle qui n’avance plus. Autant de maladies spirituelles qui sont les nôtres aujourd’hui.

Pour ce matin, je te propose l’histoire d’une femme. Son récit est entremêlé dans la bible à celui d’une autre, ce qui rend les deux histoires profondément liées.
D’abord apparaît la fille de Jaïrus, mourante. Son père sollicite l’intervention de Jésus, qui marche vers elle. Elle est âgée de douze ans.
Sur ce chemin, au cœur de cette première mission, une femme atteinte d’une perte de sang cherche désespérément la guérison. Elle souffre depuis douze ans.

Toutes les deux sont mourantes au début du récit.
Le père de l’une est présent pour l’une ; l’autre n’a pas de père.
À moins qu’elle ne soit là pour en trouver un….

La perte de sang, un écoulement constant, régulier, de l’âme et de la vie. Un état de faiblesse, de fatigue, qui s’ancre dans le quotidien. Une hémorragie de la force, de la puissance que Dieu promet. Il m’en reste assez pour survivre, mais trop peu pour avancer.
Cela finit par m’isoler de tout, au point que plus personne n’est présent. Je ne suis ni mère, ni femme, ni sœur. Mais surtout, je ne suis la fille de personne.

Pourtant, ce jour-là, elle déclare, non pas en elle-même mais à haute voix : « Si seulement je touche son vêtement, je serai guérie. »
Elle en sait peu, mais suffisamment sur ce Christ de passage pour qu’un espoir irréel vienne la porter, au point de le déclarer de sa bouche, à haute voix, et sans doute de le répéter : « Si seulement… »
La seule option possible, acceptable pour elle, est d’effleurer son linge.

Et la guérison s’opère.

Mais pas uniquement. S’il est vrai que l’hémorragie s’arrête, la plus grande guérison est invisible.
Jésus, en s’adressant à elle, l’appelle : « Ma fille ….».
… Si aucun père, comme Jaïrus, n’a su me solliciter pour te secourir ; si, pour tous, tu n’étais personne, je te propose plus qu’une guérison de ta chair : je te propose la guérison de ton âme. Une filiation, une adoption, car tu es désormais mon enfant.

Douze ans de souffrance ne se soldent pas seulement par une guérison, mais par une filiation. Le femme devient Fille.

En recherchant d’abord la guérison de ton âme, tu obtiendras sans doute aussi celle de ta chair, de ton couple, de ta famille, de tes finances ou peut-être la déviation nécessaire à ton épanouissement, mais avant tout, une filiation.

Tu n’es pas le neveu ou la nièce, le petit cousin ou la petite cousine,
ni même « l’enfant » au sens large.
Tu es la fille de Dieu.
Tu es le fils de Dieu.

Dès cet instant, grâce à toi, Christ, en effleurant ce que je peux toucher de toi, ici et maintenant, j’obtiens la guérison.
Je suis ta fille.Je suis ton fils.

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