Mara est un miroir
Je voudrais te proposer aujourd’hui la lecture du court épisode de Mara :
-
22 Moïse fit partir Israël de la mer Rouge. Ils prirent la direction du désert de Schur; et, après trois journées de marche dans le désert, ils ne trouvèrent point d'eau.
23 Ils arrivèrent à Mara; mais ils ne purent pas boire l'eau de Mara parce qu'elle était amère. C'est pourquoi ce lieu fut appelé Mara.
24 Le peuple murmura contre Moïse, en disant: Que boirons-nous?
25 Moïse cria à l'Éternel; et l'Éternel lui indiqua un bois, qu'il jeta dans l'eau. Et l'eau devint douce. Ce fut là que l'Éternel donna au peuple des lois et des ordonnances, et ce fut là qu'il le mit à l'épreuve.
26 Il dit: Si tu écoutes attentivement la voix de l'Éternel, ton Dieu, si tu fais ce qui est droit à ses yeux, si tu prêtes l'oreille à ses commandements, et si tu observes toutes ses lois, je ne te frapperai d'aucune des maladies dont j'ai frappé les Égyptiens; car je suis l'Éternel, qui te guérit.
27 Ils arrivèrent à Élim, où il y avait douze sources d'eau et soixante-dix palmiers. Ils campèrent là, près de l'eau.
Nous venons de traverser la mer Rouge et avons chanté des louanges à Dieu, “le cantique de la mer“, mais voilà qu’après trois jours de marche, nous n’avons pas trouvé une seule goutte d’eau.
Quand enfin nous en trouvons, en nous jetant sur le point d’eau, elle est imbuvable.
Alors nous nous plaignons, nous gémissons, nous murmurons.
Le mot utilisé ici désigne aussi le fait de s’arrêter, de se figer, de s’immobiliser.
Et c’est exactement ce qui se passe.
Pourquoi sommes-nous là ?
Où se trouve l’amertume de l’eau ? D’où vient-elle ?
De qui cette étendue d’eau imbuvable est-elle le reflet ?
Qui est imbuvable ?
Avant tout, Mara est une déviation dont nous pouvons nous souvenir en lisant Exode 13 : 17 à 18 :
17 Lorsque Pharaon laissa aller le peuple, Dieu ne le conduisit point par le chemin du pays des Philistins, quoique le plus proche; car Dieu dit: Le peuple pourrait se repentir en voyant la guerre, et retourner en Égypte.
18 Mais Dieu fit faire au peuple un détour par le chemin du désert, vers la mer Rouge.
Dieu propose de passer par là. Cela implique que tout ce qui arrive ensuite, les eaux amères comme le manque d’eau, se trouve bien sur le chemin que Dieu lui-même juge préférable pour conserver la liberté du peuple.
Ensuite à Mara, Dieu se présente comme celui qui guérit : ‘Rapha’.
L’un des seuls noms que Dieu le Père dit de lui-même.
Il ne se présente pas comme celui qui pourvoit ou qui abreuve, mais comme celui qui guérit.
Celui qui s’est révélé plus tôt comme « Celui qui est » se propose ici de guérir, de réparer ce que tu es, ou le mal qui commence à grandir.
Mara est une étape de la grande traversée pour laquelle la seule manière d’en sortir vivant est de guérir.
L’enjeu de cette traversée et de cette déviation, n’est pas la destination mais la guérison.
Guérir de l’amertume qui naît dans le cœur.
Guérir de la colère qui monte vers Dieu à la moindre circonstance.
Guérir de la peur d’un Dieu qui pourrait te laisser périr.
Guérir de la peur que ce Dieu te frappe des mêmes plaies par lesquelles il t’a pourtant délivré d’Égypte.
Guérir de cette maladie qui t’empêche de demander à Dieu et te pousse à contester Dieu.
Guérir de ton incapacité à parler à Dieu sans exiger de Dieu.
Guérir d’une relation devenue dysfonctionnelle entre toi et ton Père céleste.
Comment guérir ?
En écoutant la voix de Dieu, qui se contente ici de te désigner un bois à plonger dans l’eau et en gardant en mémoire sa promesse.
Est-ce cela la Loi de Dieu ?
Écouter sa voix dans les gestes simples du quotidien, quand j’ai envie de le faire comme quand je n’en ai pas envie.
Croire davantage en Sa promesse qu’en la detresse.
La Loi n’est donc pas seulement des tables gravées et des règles données plus tard, mais l’écoute, ici et maintenant, de la voix de Dieu, dont la directive suffit à adoucir l’eau… et normalement le cœur.
Pourvu que le peuple décide de lever les yeux aux ciel plutôt que regarder l’amertume, car la surface de l’eau de Mara est un miroir que Dieu cherche à briser.
Pour le peuple, c’est hélas trop tard.
L’amertume perçue sur la langue est devenue une maladie du cœur. Une manière de voir.
Comment le savons-nous ?
L’épisode se termine avec le peuple campant à Élim, une oasis de soixante-dix palmiers et douze sources d’eau. Tout semble doux et paisible.
Pourtant, quelques semaines plus tard, au chapitre 17 de l’Exode, ils campent à Réphidim, où le peuple ne trouve point d’eau. Le cauchemar se répète, dans la même structure.
“1…et ils campèrent à Rephidim, où le peuple ne trouva point d'eau à boire.
2 Alors le peuple chercha querelle à Moïse. Ils dirent: Donnez-nous de l'eau à boire. Moïse leur répondit: Pourquoi me cherchez-vous querelle? Pourquoi tentez-vous l'Éternel?”
La guérison proposée à Mara n’a pas eu le temps de s’enraciner, et le même schéma réapparaît presque aussitôt, sous une forme similaire.
Soyons concrets.
Si je maudis la déviation par Mara,
Si je laisse l’amertume de l’eau, un élément extérieur, conjoncturel, parfois occasionnel, toucher mon cœur,
Si je crois devoir toujours contester, protester, murmurer contre Dieu,
alors j’aurai encore toutes les raisons de le faire au chapitre suivant, et à celui d’après encore.
Devant douze sources, devant un point d’eau amer ou face à l’absence d’eau, Dieu est le même et cherche à me guérir.
Dieu s’est proposé de nous guérir trois jours après la sortie d’Égypte. Plus de trois mille ans ont passé, et il se propose encore de la faire.
Dès cet instant, grâce à toi, Christ, je ne regarde plus à l’amertume ni à l’absence d’eau, mais à Dieu et à sa promesse de me guérir aujourd’hui.